A LA UNE

Conseil des ministres du 5 janvier 2026 : l’exigence des résultats, un tournant rhétorique encore à prouver

Réuni le 5 janvier 2026, le premier Conseil des ministres de la Vᵉ République gabonaise se présente comme un acte fondateur d’une nouvelle méthode de gouvernance. Le Chef de l’État y a proclamé la fin du « temps des promesses » et l’entrée dans celui des « résultats visibles, mesurables et durables ».

Une déclaration forte, presque solennelle, qui traduit une volonté affichée de rupture avec les pratiques antérieures. Mais au-delà du discours, une question centrale demeure : cette exigence marque-t-elle un véritable changement de paradigme ou une énième reformulation d’engagements déjà entendus ?


Sur la forme, le message présidentiel est clair et sans ambiguïté. L’action publique ne sera plus évaluée à l’aune des annonces, mais de son impact concret sur la vie quotidienne des Gabonais. Transports aériens coûteux et peu performants, insécurité persistante, défaillances du système éducatif, accès inégal à l’eau et à l’électricité : les priorités évoquées sont connues, anciennes, et largement documentées. Leur réaffirmation souligne moins leur nouveauté que l’ampleur des retards accumulés par l’État au fil des années.


La méthode annoncée feuilles de route des cent jours, contrats de performance, indicateurs mesurables, redevabilité ministérielle se veut moderne et inspirée des standards du management public. Mais là encore, le scepticisme s’impose. Le Gabon n’en est pas à sa première tentative de gouvernance par objectifs. Plans stratégiques, comités de suivi, contrats de performance et tableaux de bord ont souvent existé sur le papier, sans produire les transformations promises. La nouveauté ne résidera donc pas dans les outils, mais dans leur application effective et, surtout, dans les sanctions politiques en cas d’échec.


La lutte contre la corruption et la réforme du système judiciaire sont également brandies comme des lignes rouges. Un engagement récurrent dans le discours public, mais dont la crédibilité dépendra de la capacité du pouvoir à s’attaquer aux réseaux d’intérêts, y compris au sein de l’appareil d’État. Sans décisions fortes, transparentes et parfois coûteuses politiquement, ces annonces risquent de rester symboliques.


L’appel à la décentralisation et à la digitalisation de l’administration, présenté comme un levier de proximité et de transparence, pose lui aussi question. Ces chantiers nécessitent des moyens financiers, des compétences techniques et une volonté de transfert réel de pouvoir vers les collectivités locales. Or, l’histoire récente montre que la centralisation demeure une tentation forte du pouvoir exécutif, souvent au détriment de l’efficacité territoriale.

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button