Gabon : quand la peur de parler s’invite dans la Cinquième République
Une vidéo récemment diffusée par GabonMediaTime et largement relayée sur les réseaux sociaux continue d’alimenter les débats. On y entend un citoyen affirmer que « le Gabon est devenu un pays bizarre », estimant que la parole publique expose désormais à des poursuites. Une sortie qui, au-delà de la formule, met en lumière un malaise plus profond.
Car le contexte a changé. Le Gabon n’est plus dans une phase transitoire. L’entrée dans la Cinquième République devait symboliser un retour à la normalité institutionnelle, à l’apaisement et à la consolidation de l’État de droit. Pourtant, dans une partie de l’opinion, le sentiment dominant est tout autre : celui d’un climat de peur diffuse.
De nombreux citoyens disent désormais mesurer chacun de leurs mots. La crainte d’être convoqué par les services de renseignement, ou d’attirer l’attention de la Direction générale des recherches, alimente une autocensure silencieuse. Qu’elle repose sur des faits concrets ou sur une perception collective amplifiée par les réseaux sociaux, cette peur produit un effet tangible : la parole se raréfie.
Ce climat est d’autant plus préoccupant qu’il s’installe dans une République censée être stabilisée. Lorsqu’une population a le sentiment d’être observée en permanence, la confiance s’érode. Le débat public se replie, les critiques quittent l’espace ouvert pour se réfugier dans les chuchotements ou l’anonymat numérique.
Il ne s’agit pas de nier les impératifs de sécurité ni de céder à une lecture alarmiste. Mais une République durable ne peut s’asseoir sur la crainte. La solidité d’un régime ne se mesure pas uniquement à ses institutions, mais aussi à la liberté ressentie par ses citoyens.
En ce sens, la vidéo diffusée par Gabon Media Time agit comme un révélateur. Elle pose une question centrale pour la Cinquième République : comment garantir l’ordre et la sécurité sans installer un climat où parler devient un risque ?
De la réponse à cette interrogation dépendra, en grande partie, la crédibilité du nouveau cadre républicain.


