Entre menace et démenti, qui ment dans le dossier Karpowership ?

Libreville, 19 mars 2026 — Le Gabon a frôlé une nouvelle crise énergétique majeure. En l’espace de quelques heures, une information alarmante évoquant l’arrêt des centrales flottantes de l’opérateur turc Karpowership (KPS) a circulé, avant d’être formellement démentie par la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). Entre menace réelle et communication rassurante, une question s’impose : qui dit la vérité ?
Une alerte loin d’être anodine
À l’origine de la controverse, un document présenté comme interne à Karpowership, évoquant une possible interruption de la fourniture d’électricité dans le Grand Libreville en raison de factures impayées. L’information, largement relayée sur les réseaux sociaux, a rapidement suscité l’inquiétude dans une capitale déjà fragilisée par des coupures récurrentes.
Si la SEEG a rapidement dénoncé de « fausses informations », plusieurs éléments viennent nuancer cette version officielle. En effet, l’existence d’arriérés de paiement n’a pas été contestée, bien au contraire.
Une crise désamorcée en urgence
Selon des sources concordantes, la situation a nécessité des négociations de dernière minute, avec une implication directe du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema.À l’issue de ces échanges, un compromis a été trouvé :maintien des centrales flottantes de Karpowershippoursuite de la production d’environ 110 mégawattspaiement partiel de la dette effectué en urgenceengagement d’un règlement progressif du reste dûAutrement dit, si le black-out n’a pas eu lieu, c’est parce qu’il a été évité et non parce qu’il était inexistant.
Une dépendance qui interroge
Cet épisode met en lumière une réalité préoccupante : une part significative de l’alimentation électrique du Grand Libreville dépend aujourd’hui d’un opérateur privé étranger.Une situation qui soulève plusieurs interrogations :pourquoi une solution provisoire est-elle devenue structurelle ?le Gabon dispose-t-il réellement d’une souveraineté énergétique ?jusqu’à quand le pays pourra-t-il fonctionner sous pression contractuelle ?
Aujourd’hui, l’électricité est maintenue. Mais cette accalmie repose sur un équilibre fragile, conditionné au respect d’engagements financiers et à la poursuite des négociations.


