Grève à Gabon Télévision : quand l’arrêt d’un service public ne dérange personne

Depuis plusieurs jours, les agents de l’audiovisuel public observent une grève générale illimitée. Une mobilisation portée par le Syndicat des professionnels de la communication (SYPROCOM) et qui touche principalement Gabon Télévision, Radio Gabon et Télédiffusion du Gabon. Sur le papier, il s’agit d’un mouvement social majeur. Dans les faits, il passe presque inaperçu auprès des citoyens.
Et c’est bien là le cœur du problème.
Car contrairement aux grèves dans l’éducation, la santé, les transports ou l’administration, celle de l’audiovisuel public n’impacte pratiquement pas la vie quotidienne des Gabonais. Pour une large partie de la population, l’interruption des programmes de Gabon Télévision n’a provoqué ni frustration, ni désorganisation, ni réelle indignation. Beaucoup le reconnaissent sans détour : ils ne regardaient déjà plus cette chaîne.
Un service public déserté par son public
Cette indifférence populaire est un signal d’alarme. Elle traduit une rupture profonde entre l’audiovisuel public et les citoyens qu’il est censé servir. À l’ère des réseaux sociaux, des chaînes étrangères, des plateformes numériques et des médias en ligne, Gabon Télévision a progressivement perdu sa centralité, son audience et sa crédibilité.
Ainsi, lorsque le journal télévisé est réduit à quelques minutes de service minimum, l’impact est quasi nul. L’information continue de circuler ailleurs, parfois mieux, parfois plus rapidement. Le citoyen ne se sent ni privé d’un droit fondamental, ni pénalisé dans son quotidien
Dialogue social ou gestion d’une vitrine institutionnelle ?
En ordonnant l’ouverture d’un dialogue social inclusif, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema cherche à apaiser une crise sectorielle. L’intention est politiquement correcte. Mais la question demeure : dialoguer pour préserver quoi, exactement ?
Un outil d’information publique affaibli, peu regardé, mal modernisé et déconnecté des réalités sociales ?
Un audiovisuel public qui, depuis des années, peine à jouer pleinement son rôle de service public, de relais de proximité et de miroir de la société gabonaise ?
Une crise interne qui ne mobilise pas la nation
Les revendications des agents statut particulier du communicateur, primes impayées, situations administratives bloquées, conditions de travail dégradées sont légitimes. Mais elles restent des revendications corporatistes, enfermées dans un secteur qui ne parvient plus à mobiliser l’opinion nationale.
Contrairement aux enseignants ou aux personnels de santé, les travailleurs de l’audiovisuel public ne bénéficient pas d’un soutien massif de la population. Non pas par hostilité, mais par désintérêt. La grève révèle donc une double crise : une crise sociale interne et une crise de légitimité externe.
Moderniser les médias publics, adopter des textes statutaires, réorganiser les structures : tout cela est nécessaire. Mais aucune réforme technique ou administrative ne suffira si l’audiovisuel public ne se pose pas la question essentielle : pour qui parle-t-il encore ?Un service public que les citoyens ne regardent plus est un service public déjà en panne, même en temps normal.
La grève actuelle n’impacte pas les populations. Et ce constat, loin de minimiser la crise, en dit long sur l’ampleur du chantier à venir.




