Tribune libre — Le gravité des propos de Mbeng Anges Landry dit Lanlaire à l’encontre du Président de la République, Chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema et sa famille

Tribune libre — Le gravité des propos de Mbeng Anges Landry dit Lanlaire à l’encontre du Président de la République, Chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema et sa famille
La dernière sortie sur les réseaux sociaux de l’activiste Mbeng Anges Landry dit Lanlaire à l’encontre du Président de la République, Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui et de sa famille, à travers son épouse et sa mère, est d’une telle insolence qu’elle mérite qu’on y accorde son attention pour essayer de comprendre une telle attitude dans l’espace public.
Comment peut-on arriver à de tels propos à l’endroit d’un Président de la République, Chef de l’État ? Comment peut-on arriver à insulter la femme et la mère d’un Chef d’État ? Quelle est cette opposition qui peut se nourrir tant d’insultes, tant d’obscénités, tant d’indécences, tant d’effronteries ?
Que l’opposition se fasse sur la politique du ventre ou des intérêts, cela peut se comprendre mais dès lors qu’elle se base sur le diabolisme, c’est-à-dire, ce qui se fait hors de la scène, hors du public où tous les coups sont permis, où on nage dans la fange, dans la pourriture, on est en droit de se poser des questions parce que ce qui est tolérable est mis en mal. L’immoralité prend une figure publique, sans rire, sans se cacher, sans pudeur. Le venin, la morve, la bave, la bile se déversent publiquement pour salir la personne la plus légitime d’un pays et qui est portée par une légitimité incontestée, sans oublier sa mère et sa femme.
On peut critiquer un Chef de l’État, on doit même critiquer (articles 13 et 14 de la Constitution, Loi Numéro 002-R/2024 du 19 décembre 2024). C’est une exigence de la démocratie de critiquer un Chef de l’État parce qu’il fera des arbitrages avec l’argent du contribuable pour mettre en place les différentes politiques publiques de son projet de société. La critique devient citoyenne pour savoir comment le Chef de l’État fait ces arbitrages et si possible pour qu’il recadre le tir. Le citoyen a le droit de savoir où va son argent.
En ce qui concerne la vie privée, il va autrement dans une démocratie où un processus de démocratisation. Tant qu’elle n’interfère pas sur la vie publique, elle reste « privée », c’est-à-dire qu’elle est la sphère intime et personnelle d’un individu, par opposition à sa vie publique ou professionnelle. Elle garantit le droit à chacun de mener son existence à l’abri des regards, des intrusions et de la curiosité d’autrui. La vie privée couvre le domicile et l’inviolabilité du lieu de résidence, la vie familiale, sentimentale et sexuelle, l’état de santé et les secrets médicaux, le droit à l’image et le droit à la voix, les correspondances privées (courriers, e-mails), les convictions religieuses ou philosophiques. La vie privée est garantie par l’article 18 de notre Constitution (Loi citée plus haut).
L’une des questions à se poser est de savoir s’il pouvait agir autrement, c’est-à-dire être capable de respirer un peu d’air en altitude afin de critiquer le Chef de l’État par rapport à son action publique et non viser sa vie privée et verser dans l’immonde ?
Cette question va nous amener à ouvrir quelques pistes afin de comprendre la portée d’une telle attitude et ses conséquences, même si l’auteur n’en a pas conscience.
- La piste psychologique
1.1. Au niveau du comportement : transgression et provocation
- Transgression des normes sociales : insulter publiquement un Chef de l’État, sa mère et sa femme, c’est violer 3 tabous à la fois : l’autorité politique, la figure maternelle et la sphère privée/familiale.
- Comportement de provocation : le but est souvent de choquer pour exister médiatiquement. C’est ce qu’on appelle la « recherche de visibilité par la transgression ».
1.2. Au niveau des motivations possibles
Il y a 4 motivations possibles :
- Ressentiment / colère politique : l’injure devient une arme quand on se sent impuissant politiquement.
- Besoin de reconnaissance : certaines personnes travesties / LGBTQ subissent beaucoup de stigmatisation. L’acte extrême peut être une façon de forcer la société à parler d’elle.
- Désinhibition : réseaux sociaux, anonymat et public entraîne une baisse de freins. On dit des choses qu’on ne dirait jamais en face.
- Identification à un rôle de « Bouffon critique » : dans plusieurs sociétés, le travesti a historiquement eu un rôle de satiriste qui dit ce que les autres n’osent pas. C’est ici que l’on peut comprendre que derrière « Lanlaire » se cache des marionnettistes qui n’osent pas s’exprimer publiquement mais préfèrent instrumentaliser des tiers personnes pour faire le sale boulot.
- La piste sociologique
2.1. Peur du débat public
Par défaut d’arguments et/ou par peur de se montrer ceux qui instrumentalisent « Lanlaire », au lieu d’argumenter pour insulter. L’injure remplace l’argument. C’est le signe qu’on bien à court d’arguments.
2.2. La société des voyous à fond
Pourquoi faire ça en public ? Parce que le but c’est d’en parler, on insulte, on filme, on balance, on devient viral, on nous regarde, on partage, on commente. C’est une manière de donner la visibilité à l’acte. Le scandale est devenue une monnaie d’échange politique.
2.3. Brouillage des tabous
Attaquer le Chef, sa mère et sa femme en même temps, c’est s’attaquer :
- Au pouvoir : le Chef de l’État
- À la tradition : la mère, le lignage chez les matrilinéaires, le clan, le totem
- À l’intime : la femme, les liens de mariage, la famille de la femme
« Lanlaire » est donc en train de nous dire qu’il n’y a plus rien de sacré. Lorsque tout devient du contenu à insulter, c’est que les repères collectifs deviennent fragiles. La société doit donc pouvoir se lever pour penser à une façon de ressouder ce lien social, de faire en sorte que les repères collectifs (institutions) retrouvent du sens.
- La piste éthique
3.1. Envers le Chef de l’État
Attaquer la fonction c’est remettre en cause l’autorité. En éthique républicaine, on a le droit de critiquer les actes politiques. Mais l’injure personnelle sort du débat d’idées. Cela abaisse le niveau du débat public.
3.2. Envers la mère
La mère est une figure quasi sacrée dans la plupart des cultures africaines. L’attaquer est une transgression éthique majeure. C’est un manque de respect aux aînés, aux femmes, aux origines et à la productrice et à la reproductrice du clan chez les matrilinéaires.
3.3. Envers la femme
Attaquer la femme, c’est attaquer la sphère privée/familiale. En éthique, on sépare la personne publique de sa famille. S’en prendre à la femme, qui n’a pas de mandat, est considéré comme de la lâcheté.
- La piste juridique
4.1. Outrage au Chef de l’État
Cette infraction pénale est sévèrement réprimée par l’article 158 de notre code pénal, prévoyant jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 5 millions de F CFA d’amende pour tout propos, écrit ou geste portant atteinte à l’honneur de la fonction présidentielle.
4.2. Diffamation / injure publique
Les réseaux sociaux, la presse, les vidéos sont considérées comme des espaces publics. Insulter ou salir quelqu’un dans ces espaces est donc considéré comme injures publiques et diffamations. Or l’injure publique et la diffamation sont des infractions qui sont prévues par le code pénal gabonais aux articles 283-286.
4.3. Atteinte à la vie privée
S’en prendre à la mère, c’est l’entraîner dans la sphère publique alors qu’elle n’a pas de rôle politique. D’autres termes cela s’appelle « atteinte à la dignité ». Les articles 9-12 de notre Constitution le condamne.
Dr Fortuné MATSIEGUI MBOULA



