Éditorial | Oligui Nguema ou la République des chantiers

Il existe des chefs d’État qui gouvernent par les réformes. D’autres par les discours. Brice Clotaire Oligui Nguema, lui, gouverne par les chantiers.
Depuis son arrivée à la tête du Gabon, une conviction semble guider son action : construire. Construire encore. Construire toujours. Routes, échangeurs, bâtiments administratifs, logements, infrastructures publiques… Le paysage de Libreville se métamorphose à une vitesse inédite. La capitale est devenue le symbole d’une ambition assumée : rebâtir le pays par le béton.
Il faut le reconnaître. Cette capacité à bâtir est sans doute la signature politique du président gabonais. Les Gabonais eux-mêmes en plaisantent : « Donnez-lui un terrain vide, il vous le rendra couvert de grues. » L’image est caricaturale, mais elle traduit une réalité. Oligui Nguema est, avant tout, un bâtisseur.
À certains égards, il rappelle ces oiseaux architectes qui consacrent leur énergie à édifier un nid toujours plus solide, toujours plus impressionnant. Construire semble relever, chez lui, moins d’une politique que d’une vocation.
Mais toute gouvernance finit par rencontrer une question que les pelleteuses ne peuvent résoudre.
À quoi sert une route flambant neuve si elle conduit une jeunesse sans emploi ? À quoi sert un immeuble moderne si les familles peinent à remplir leur panier ? À quoi sert une capitale embellie lorsque le quotidien d’une partie de la population demeure marqué par la précarité, les difficultés d’accès aux soins ou l’érosion du pouvoir d’achat ?
Les infrastructures constituent le squelette d’un État. Elles ne sont pas son cœur.
Le développement ne se limite jamais à ce qui se voit. Il se mesure aussi à ce qui se ressent. Le niveau de vie, la qualité des services publics, les opportunités offertes à la jeunesse, la protection des plus fragiles et la confiance des citoyens dans leur avenir sont autant d’indicateurs qu’aucune inauguration ne peut masquer.
Le risque, pour tout pouvoir fasciné par les grands travaux, est de croire que les grues suffisent à fabriquer le progrès. L’histoire enseigne pourtant une autre leçon : les nations les plus solides sont celles qui ont su bâtir simultanément leurs infrastructures et leur contrat social.
Le Gabon n’a évidemment pas à choisir entre le béton et le social. Il lui faut les deux. Les routes relient les territoires ; la justice sociale relie les citoyens à leur État.
Brice Clotaire Oligui Nguema a déjà convaincu qu’il savait ériger des ouvrages. Le véritable défi de son mandat est désormais ailleurs : démontrer qu’il peut bâtir une société où le développement ne se lit pas seulement dans le paysage, mais aussi dans la vie quotidienne des Gabonais.
Car les monuments traversent le temps. Mais ce sont les politiques sociales qui donnent un sens à l’histoire.




