Éducation : l’argument de « l’ancien système », une explication devenue insuffisante

Depuis plusieurs semaines, le système éducatif gabonais est à l’arrêt. Face à cette crise profonde, la Présidence, par la voix de son conseiller en communication, a choisi une ligne de défense désormais bien rodée : renvoyer l’essentiel des dysfonctionnements à « l’ancien système », qualifié de dossier « lourd, très lourd ». Une explication commode, mais qui montre aujourd’hui ses limites.
Un héritage connu… et largement documenté
Personne ne nie que l’administration de l’éducation nationale ait été durablement abîmée par des décennies de mauvaise gouvernance : carrières mal suivies, rappels de solde non payés, intégrations tardives, vacations devenues structurelles, enseignants bénévoles abandonnés à eux-mêmes. Ces faits sont établis, connus des syndicats, des enseignants et même de l’opinion publique. Ils ne constituent donc pas une révélation.
Mais précisément parce que cet héritage est connu, il ne peut plus servir d’argument central pour expliquer l’incapacité actuelle à sortir de la crise.
Gouverner, ce n’est pas seulement constater
En invoquant systématiquement l’ancien système, le discours présidentiel donne le sentiment que le pouvoir actuel se limite à dresser l’inventaire des dégâts, sans assumer pleinement la responsabilité de la réponse politique. Or, gouverner, ce n’est pas seulement hériter : c’est trancher, prioriser et réparer.
Lorsqu’un régime arrive au pouvoir en promettant la rupture, il accepte de fait le poids du passif. Se retrancher derrière ce passif pour justifier la lenteur ou l’inefficacité de l’action publique revient à reconnaître implicitement que l’État n’a pas, à ce stade, les leviers nécessaires pour corriger ce qu’il a pourtant identifié.
L’apaisement sans solutions visibles : une impasse
L’appel répété à l’apaisement et au patriotisme des enseignants pose également question. Les enseignants ne contestent pas par plaisir ni par goût du désordre. Ils réclament, pour beaucoup, des droits élémentaires : être payés conformément à leur statut, voir leurs carrières régularisées, bénéficier d’une reconnaissance administrative minimale.
Dans ce contexte, appeler au calme sans calendrier clair, sans mécanisme de suivi transparent et sans engagement chiffré crédible revient à demander un sacrifice unilatéral. L’intérêt supérieur de l’élève, souvent invoqué, ne peut durablement être préservé sur la base de la précarité des enseignants.
Une crise de crédibilité plus que de mémoire
Le véritable problème n’est donc plus la mémoire de l’ancien système, mais la crédibilité de la réponse actuelle. Tant que l’exécutif continuera à expliquer la crise plutôt qu’à la résoudre de manière perceptible, le discours officiel apparaîtra déconnecté de la réalité sociale.L’école gabonaise n’a plus besoin de rappels historiques. Elle a besoin d’un cap clair, d’un calendrier public, et d’actes mesurables. Faute de quoi, l’argument de « l’ancien système » finira par sonner non plus comme une explication, mais comme un aveu d’impuissance.



