ÉCONOMIE

Gabon–FMI : derrière le discours économique, un appel implicite à l’austérité et au « serrage de ceinture »

L’annonce de la conclusion d’un nouveau programme économique entre le Gabon et le Fonds monétaire international s’inscrit dans une logique économique bien connue. Au-delà des mots choisis, ce message constitue un signal clair adressé à la population : le pays s’apprête à entrer dans une phase de rigueur budgétaire, autrement dit, à « se serrer la ceinture ».

Le FMI ne vient jamais sans contrainte

Il faut le rappeler sans détour : le FMI n’est pas un bailleur neutre. Son intervention repose sur une doctrine constante, fondée sur la discipline budgétaire, la réduction des déficits et la soutenabilité de la dette.
Dans la pratique, cela signifie presque toujours :

  • une limitation stricte des dépenses publiques,
  • un encadrement de la masse salariale de l’État,
  • une rationalisation des subventions,
  • une pression accrue sur les recettes fiscales.

Peu importe que le mot « austérité » ne soit pas prononcé. Les mécanismes décrits correspondent exactement à une politique d’austérité, adaptée au langage technocratique contemporain.

Un message adressé d’abord aux Gabonais

Derrière l’annonce officielle, le message réel est limpide : les marges budgétaires de l’État vont se réduire, et l’effort devra être supporté par la collectivité.
Dans une économie où l’État demeure le principal employeur, investisseur et régulateur, toute contraction budgétaire a un effet immédiat sur :

  • les salaires et recrutements publics,
  • les investissements dans l’éducation et la santé,
  • le soutien aux ménages,
  • la dynamique économique globale.

Autrement dit, ce programme prépare psychologiquement les Gabonais à accepter des sacrifices, au nom de la stabilité macroéconomique.

La logique CEMAC renforce la rigueur

L’inscription du programme dans le cadre macroéconomique de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale accentue cette orientation.La CEMAC privilégie historiquement la rigueur budgétaire et la stabilité monétaire, souvent au détriment de politiques sociales expansives.En s’alignant sur ce cadre, le Gabon accepte de restreindre davantage sa politique budgétaire, au moment même où les besoins sociaux explosent.

Une austérité présentée comme inévitable

Le message sous-jacent est clair : il n’y aurait pas d’alternative.La stabilisation financière devient un impératif supérieur, reléguant au second plan les considérations sociales immédiates.Or, cette vision pose un problème majeur : l’austérité appliquée dans un contexte de fragilité sociale est économiquement procyclique. Elle ralentit l’activité, réduit la consommation et aggrave les tensions sociales.La croissance promise devient alors un horizon lointain, tandis que les contraintes, elles, sont immédiates.

Un choix économique lourd de conséquences

Il ne s’agit pas de nier les déséquilibres macroéconomiques du Gabon, ni la nécessité d’une discipline budgétaire à moyen terme.
Mais présenter l’entrée dans un programme FMI sans reconnaître explicitement qu’il implique un effort collectif contraint, revient à minimiser l’impact réel de la décision.

Ce message prépare les esprits à une réalité simple : les Gabonais sont appelés à accepter une phase d’austérité, même si celle-ci est enveloppée dans le langage rassurant de la croissance et de la stabilité.

un appel au sacrifice déguisé en programme économique

ce message n’est pas seulement une annonce économique. C’est un appel implicite à la résignation budgétaire, un signal envoyé à la population pour l’inviter à accepter des restrictions au nom des équilibres financiers.Lorsque le FMI entre en scène, la question n’est jamais de savoir s’il y aura des contraintes, mais qui les supportera et combien de temps.
Sur ce point, le silence demeure. Et c’est précisément ce silence qui nourrit l’inquiétude .

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