ÉCONOMIE

Gabon : Jean-Fidèle Otandault alerte sur un État asphyxié par le poids du service de la dette

Alors que le débat public gabonais reste largement focalisé sur le niveau global de l’endettement, une analyse plus préoccupante émerge. Dans une tribune publiée dans Jeune Afrique, Jean-Fidèle Otandault, ancien ministre d’État en charge du Budget et expert-comptable, met en garde contre un danger souvent sous-estimé : le coût du service de la dette, devenu un facteur d’asphyxie de l’action publique.

Le vrai problème n’est plus le stock, mais le remboursement

Selon les données rappelées par l’ancien ministre, dans plusieurs pays africains, plus du tiers des recettes publiques est aujourd’hui consacré au remboursement de la dette. Une réalité qui réduit drastiquement les marges de manœuvre budgétaires et contraint les États à des arbitrages défavorables aux politiques publiques essentielles.


Le Gabon s’inscrit dans cette dynamique. Les charges liées au service de la dette représenteraient plus de 10 % des recettes budgétaires nationales. Un niveau élevé dans un pays où les besoins restent importants en matière d’éducation, de santé, d’énergie et d’infrastructures de base.

Une dette officiellement « soutenable », mais politiquement étouffante

L’un des points centraux soulevés par Jean-Fidèle Otandault concerne le décalage entre les indicateurs macroéconomiques et la réalité budgétaire. Si la dette gabonaise est souvent présentée comme soutenable au regard des normes internationales, cette lecture masque, selon lui, une situation plus contraignante.


Car au-delà des ratios, c’est bien le poids du remboursement annuel qui freine l’investissement public, limite les capacités de relance économique et affaiblit l’efficacité de l’État. Une dette qui ne bloque pas les tableaux Excel, mais qui paralyse l’action publique sur le terrain.

Quand l’État rembourse plus qu’il ne construit

L’analyse est sans ambiguïté : un État qui consacre une part excessive de ses ressources au service de la dette investit moins dans son avenir. À moyen terme, cette situation se traduit par des infrastructures insuffisantes, des services publics fragilisés et une croissance incapable de répondre aux attentes sociales.

Pour l’ancien ministre, l’enjeu n’est ni idéologique ni polémique. Il ne s’agit pas de rejeter le recours à l’endettement, mais d’interroger la qualité des choix budgétaires, les conditions de financement et l’efficacité des dépenses engagées.

Une alerte adressée aux décideurs

Au-delà du constat économique, cette prise de position sonne comme une interpellation politique. Elle pose une question fondamentale à l’heure des réformes annoncées : comment prétendre transformer durablement l’économie gabonaise si une part croissante des ressources publiques sert d’abord à rembourser le passé plutôt qu’à préparer l’avenir ?

Dans un contexte de transition et de promesses de redressement, l’analyse de Jean-Fidèle Otandault invite à un recentrage urgent des priorités budgétaires. Sans quoi la dette, loin d’être un levier de développement, continuera d’étouffer l’État.

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