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« Personne ne tiendra ce rythme pendant sept ans » : sur TV5 Monde, Alain-Claude Bilie-By-Nze met en doute la viabilité du pouvoir gabonais

Trois ans après la prise du pouvoir par les militaires au Gabon, la parole critique d’anciens responsables politiques s’exprime de plus en plus ouvertement dans l’espace médiatique international. Invité sur le plateau de TV5 Monde, l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze a livré une analyse sévère de la situation politique, économique et sociale du pays, mettant en cause la gouvernance conduite par le Président de le République Brice Clotaire Oligui Nguema.

Tout au long de l’entretien, l’ancien chef du gouvernement a développé un discours centré sur la responsabilité du pouvoir actuel, qu’il estime désormais pleinement comptable de ses choix et de leurs effets sur la population.

Dette publique : des chiffres avancés pour contester le récit officiel

Sur le plan économique, Alain-Claude Bilie-By-Nze a remis en cause le discours officiel d’un redressement financier en cours. Il a affirmé que la dette publique, estimée à environ 56 % du PIB avant août 2023, aurait atteint 73 %, avec une projection à 85 % à l’horizon 2027.Tout en reconnaissant que ces chiffres nécessitent une vérification indépendante, il les a utilisés pour interroger la trajectoire budgétaire actuelle. Selon lui, le recours accru à l’endettement ne se traduirait pas par une amélioration perceptible des conditions de vie des populations, ce qui poserait la question de la soutenabilité économique des choix opérés.

Des priorités gouvernementales mises en cause

L’ancien Premier ministre a également critiqué les orientations de l’action publique, qu’il juge en décalage avec les réalités quotidiennes des Gabonais. Il a évoqué des investissements qu’il qualifie de symboliques ou protocolaires, qu’il oppose à la persistance de difficultés majeures telles que la cherté de la vie, les pénuries d’eau potable, les délestages électriques et la dégradation des services publics.

Dans le secteur de l’éducation, il a souligné le contraste entre les revendications répétées des enseignants, en grève pour obtenir des régularisations administratives de base, et les recrutements opérés au sein des forces de défense et de sécurité. Selon lui, cet arbitrage budgétaire traduit une priorité accordée à la sécurisation du pouvoir plutôt qu’à l’investissement dans le capital humain.

Au cours de l’entretien, il a résumé son appréciation de la situation par des propos particulièrement sévères, estimant que les pratiques de gouvernance actuelles reproduiraient, selon lui, des logiques déjà observées par le passé.

« Personne ne tiendra ce rythme pendant sept ans »

Interrogé sur la perspective d’un exercice du pouvoir sur une durée de sept années, Alain-Claude Bilie-By-Nze a exprimé un scepticisme appuyé quant à la capacité du système actuel à s’inscrire durablement dans le temps.
« Personne ne tiendra ce rythme pendant sept ans », a-t-il déclaré.


Par cette formule, l’ancien Premier ministre met en avant ce qu’il considère comme une fragilité structurelle du pouvoir en place : concentration des décisions, pression sécuritaire et accumulation de frustrations sociales. Sans appeler explicitement à une rupture, il a estimé qu’un pouvoir ne peut durablement se maintenir sans adhésion populaire ni résultats visibles.

Une crédibilité internationale questionnée

Sur le plan diplomatique, Alain-Claude Bilie-By-Nze a également évoqué une dégradation de la position du Gabon à l’international. Il a cité la perte de certains avantages économiques et des restrictions de visas imposées par des pays partenaires comme des signaux d’un affaiblissement de la confiance extérieure.

Selon lui, la stabilité affichée par les autorités ne suffit pas à rassurer les partenaires internationaux, qui attachent une importance particulière à la lisibilité institutionnelle, à la gouvernance et à la prévisibilité politique.

Une alerte sur le climat social

l’ancien Premier ministre a alerté sur l’existence d’une tension sociale latente, estimant que le calme apparent ne devait pas être confondu avec une adhésion durable. Selon lui, la persistance des difficultés économiques et sociales pourrait accentuer les fragilités du climat politique.

À travers cette intervention, Alain-Claude Bilie-By-Nze a ainsi posé une interrogation centrale, sans y apporter de réponse définitive : après trois années de gouvernance militaire, quels changements concrets sont aujourd’hui perceptibles pour la majorité des Gabonais ?

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