Congrès parlementaire : pendant près d’une heure et demie, Oligui Nguema expose sa vision et défend son bilan

Libreville. Ce qui devait être une simple adresse institutionnelle au Parlement réuni en Congrès s’est transformé en une vaste présentation de l’action gouvernementale et des ambitions de la Ve République. Pendant près d’une heure et demie, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a occupé la tribune du Palais Léon Mba pour dresser un état des lieux du pays, présenter les projets en cours et annoncer plusieurs mesures à caractère économique et social.
Pour ce premier Congrès parlementaire depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution, le chef de l’État était particulièrement attendu. Face aux 215 parlementaires réunis pour l’occasion, il a choisi de faire de cet exercice désormais inscrit dans la Loi fondamentale un moment de démonstration politique, mettant en avant les réformes engagées depuis le début de la Transition et les premiers jalons de son mandat présidentiel.
Loin d’un discours protocolaire, l’intervention présidentielle a pris la forme d’un long exposé sur l’action publique. Infrastructures, transports, pêche, aviation, gestion des finances publiques, remboursement des créances de l’État ou encore lutte contre les détournements : les principaux secteurs de la vie nationale ont été passés en revue.
Parmi les déclarations qui ont marqué cette intervention figure la reconnaissance de l’échec du projet Piaepal. Une affirmation rare dans le paysage politique gabonais, où les responsables publics admettent rarement les limites ou les contre-performances de certains programmes. Pour le président, cette reconnaissance traduit une volonté de transparence et d’évaluation des politiques publiques.
Le chef de l’État a également multiplié les annonces concrètes. Il a confirmé l’ouverture prochaine de structures liées à l’activité halieutique à Mayumba, Cocobeach et Donguila afin de renforcer le secteur de la pêche et soutenir l’économie locale. Dans le domaine de l’eau, il est revenu sur les projets en cours destinés à améliorer l’accès des populations à cette ressource essentielle.
Le transport a occupé une place importante dans son intervention. Le président a annoncé la mise en service prochaine d’une flotte de cent autobus pour la nouvelle société de transport interurbain, avec l’ambition affichée de moderniser durablement la mobilité des citoyens. Dans le secteur aérien, Fly Gabon devrait prochainement desservir Makokou, Tchibanga ainsi que le Maroc, une initiative présentée comme un levier de désenclavement et de développement économique.
Sur le plan financier, plusieurs dossiers attendus ont également fait l’objet d’annonces. Le paiement de la première tranche du dossier PostBank, estimée à dix milliards de francs CFA sur un total de trente-deux milliards, devrait intervenir dans les prochains jours. Le lancement de la troisième tranche des rappels de soldes, représentant trente-cinq milliards de francs CFA, a également été confirmé.
Dans un souci de rationalisation des dépenses publiques, le chef de l’État a annoncé la suppression de la prime de transport de 35 000 francs CFA pour les fonctionnaires bénéficiant déjà d’un véhicule de service. Une mesure qui s’inscrit dans la volonté affichée de mieux contrôler les charges de fonctionnement de l’administration.
La lutte contre la mauvaise gestion et les détournements de fonds publics a constitué l’un des axes majeurs du discours présidentiel. « L’État n’acceptera plus d’être lésé ni de subir des détournements de ressources publiques », a déclaré le président, annonçant un renforcement des mécanismes d’audit et de contrôle. Désormais, selon lui, toute vacation fera l’objet d’une vérification rigoureuse.
Concernant la dette publique, sujet régulièrement évoqué dans les débats économiques, Brice Clotaire Oligui Nguema a défendu une approche pragmatique. Pour le chef de l’État, l’endettement n’est pas une menace lorsqu’il sert à financer des investissements structurants et productifs. « Nous parlons d’une dette utile et nous allons la payer », a-t-il assuré.
Au-delà du contenu des annonces, cette première adresse annuelle au Parlement marque une évolution importante de la vie institutionnelle gabonaise. Désormais obligatoire en vertu de l’article 59 de la Constitution, cet exercice consacre le principe de reddition des comptes devant la représentation nationale.
Après près d’une heure et demie de présentation, le président est apparu déterminé à installer une nouvelle méthode de gouvernance fondée sur l’évaluation des politiques publiques, la transparence et la communication directe avec les citoyens à travers leurs représentants. Mais si les annonces ont été nombreuses et les ambitions clairement affichées, leur mise en œuvre constituera le véritable test de cette nouvelle République.
Car au-delà des discours et des engagements, ce sont les résultats concrets sur le terrain qui permettront aux Gabonais de juger de l’efficacité des réformes annoncées et de la capacité du pouvoir à transformer durablement leur quotidien.



