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Le Football gabonais éclaboussé : L’ombre d’un réseau pédophile

Une enquête récente de BBC Afrique, présentée dans une période marquée par de multiples divulgations concernant des abus sexuels sur mineurs au sein du football gabonais, dévoile des témoignages poignants et terrifiants.

Parfait Ndong, ex-footballeur de renom de 50 ans ayant 33 sélections pour le Gabon et ayant longtemps évolué au Portugal, dirige actuellement une académie de football au Gabon. Avec certains de ses collègues, il s’est mué en véritable sonneur d’alarme. « Le silence n’était plus une option pour moi », confie-t-il, ayant contribué activement à dévoiler ces sombres affaires qui perturbent le football gabonais depuis presque deux ans. Ces révélations ont entraîné l’interpellation de nombreux coachs ainsi que du président de la Fédération, Pierre-Alain Mounguengui, actuellement en liberté provisoire dans l’attente d’une issue judiciaire.

Aujourd’hui, Ndong est l’une des figures centrales du reportage de BBC Afrique intitulé « Prédateurs en plein jeu ». Ce film retrace les multiples scandales qui ont secoué le Gabon, des affaires portées à la lumière du jour par la presse locale et le journal britannique The Guardian, à la suite des investigations du journaliste Romain Molina. Au cœur des allégations : un réseau pédocriminel actif depuis de nombreuses années. Les témoins relatent des faits glaçants qui auraient notamment eu lieu lors des stages des sélections nationales de jeunes.

« Ils investissaient nos chambres en pleine nuit », déclare une victime présumée. « Je percevais d’autres jeunes être emportés de force. Ils étaient sans défense. […] Ces jeunes saignaient. Dans les sanitaires, nous voyions le sang s’écouler. Ils étaient dans l’incapacité de participer au match suivant, ils ne pouvaient plus se déplacer normalement. »

La succession des témoignages dans ce documentaire de 28 minutes est bouleversante. Un des jeunes, s’exprimant sous couvert d’anonymat, déclare : « Ils sont venus nous tirer du sommeil, mon ami proche et moi. Ils nous ont conduit dans une pièce éclairée de rouge où se trouvaient des hommes dénudés. Ils ont entamé des attouchements. J’étais terrorisé. Ils m’ont ordonné de les satisfaire sexuellement. J’ai refusé, ils ont brandi des menaces, insinuant que je serais écarté de l’équipe. »

Patrick Assoumou Eyi, surnommé « Capello », l’un des entraîneurs incriminés, a été mis aux arrêts et attend son jugement en détention. Deux autres sont également emprisonnés. Le documentaire pointe du doigt l’inertie des autorités compétentes face à cette crise. Ndong affirme avoir interpellé toutes les instances, tant sportives que gouvernementales, mais sans succès. « Je ne parviens pas à comprendre pourquoi certains sont emprisonnés et d’autres pas », déplore-t-il auprès de la BBC. « Les jeunes demeurent vulnérables », alerte un autre intervenant.

Finalement, Mounguengui, le président de la fédération gabonaise, a été arrêté pour « non-dénonciation d’actes pédocriminels » suite aux premières divulgations. Il demeure néanmoins en fonction et siège au comité exécutif de la CAF, avec l’appui apparent du président de cette confédération, selon BBC Afrique. La FIFPro, interrogée par la BBC Afrique, critique vivement l’apathie de l’entité africaine et de la FIFA, bien que cette dernière possède des règlements éthiques prescrivant des actions préventives en attendant les décisions de justice.

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