Portrait & Interview

TRIBUNE LIBRE | Dr Fortuné Matsiegui Mboula Le retour du Gabon dans l’AGOA.

Suspendu du programme AGOA après le « Coup de Libération » d’août 2023, le Gabon se trouve réintégré par l’administration Donald Trump au sein de l’AGOA (African Growth and Opportunity Act) trois ans après et précisément le 19 mai 2026.

Cette réintégration montre que le Gabon est en train de revenir dans le giron de concertation et d’intégration des nations du monde après son Coup de la Libération. En effet, la réintégration du Gabon dans l’Union africaine, lors de son 39ème Sommet tenu du 12 au 14 février 2026, avait déjà acté le grand retour du Gabon dans les institutions supranationales.

Près de trois mois plus tard, une autre grande institution commerciale, l’AGOA, le reçoit dans le système de mondialisation, c’est-à-dire l’ensemble des mécanismes qui connectent les économies, les sociétés, les cultures et les politiques à l’échelle mondiale.

Définition de l’AGOA

L’AGOA est cette loi américaine sur la croissance et les opportunités en Afrique qui définit un programme commercial permettant à certains pays d’Afrique subsaharienne d’exporter vers les États-Unis sans droits de douane sur plus de 6 800 produits. L’objectif est d’encourager la croissance économique en Afrique par le commerce plutôt que par l’aide, tout en renforçant les liens entre les États-Unis et l’Afrique.

Pour renforcer cette définition, une étude de Simon Mevel et ses collaborateurs portant sur l’AGOA souligne : « En conséquence, l’Afrique jouit d’un excellent accès au marché américain pour ses exportations, avec une protection moyenne inférieure à 1 %, alors que les pays africains qui ne sont pas éligibles à l’AGOA doivent supporter presque 2 % de protection sur leurs exportations vers les États-Unis.

Les pays éligibles ont un bien meilleur accès au marché américain, avec des barrières douanières dont la moyenne ne dépasse pas 0,15 %. Au-delà d’un meilleur accès au marché obtenu par les pays africains exportant vers les États-Unis, la priorité de l’AGOA, comme l’indique la loi, est la promotion d’une croissance et d’un développement économiques stables et durables en Afrique subsaharienne. »

Critères d’adhésion


Pour en bénéficier, un pays doit respecter certains critères relatifs à la gouvernance, aux droits de l’homme, à l’économie de marché et à la lutte contre la corruption. Les États-Unis peuvent suspendre un pays s’il ne respecte plus ces critères.


Comme l’écrit Alix Lavoué : « Créée en 2000 sous l’administration Clinton, l’AGOA ne repose pas uniquement sur des critères commerciaux. Pour bénéficier des exemptions douanières américaines, les pays africains doivent démontrer des avancées en matière de gouvernance, de droits humains, de lutte contre la corruption ou encore de respect des institutions démocratiques. »


Autrement dit, comme le souligne un interlocuteur de l’ambassade des États-Unis au Gabon : « Les États-Unis s’interdisent de faire des affaires avec des États brigands ou voyous et ceux dont la souveraineté est problématique. L’AGOA est ce groupe de pays pouvant faire des affaires avec les États-Unis et exemptés d’un certain nombre de taxes. »

Le parallèle avec l’affaire Alain Claude Bilié-By-Nze

Dans un article publié le 17 avril 2026 dans Le Temps et intitulé « Affaire Alain Claude Bilié-By-Nze contre Baba Ramatou : savoir dissocier droit privé et affaires politiques », nous soutenions que cette affaire relevait du droit privé entre deux justiciables et que le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, n’avait aucun intérêt à chercher à incarcérer son principal opposant puisque le processus de démocratisation engagé est observé par les instances internationales.

La manière dont un État traite ses opposants constitue aujourd’hui un indicateur observé par de nombreuses organisations internationales. Elle peut influencer l’image du pays et son intégration dans certains mécanismes de coopération.La question demeure donc : pourquoi le président sacrifierait-il les efforts entrepris pour réintégrer le Gabon dans les grandes institutions internationales au profit d’une logique de confrontation politique susceptible de fragiliser cette dynamique ?Sans prétendre détenir une vérité absolue, il convient néanmoins d’introduire une part de rationalité dans l’analyse.

Il paraît difficile d’imaginer qu’un dirigeant engagé dans une stratégie de normalisation internationale choisisse délibérément de compromettre les intérêts du pays pour obtenir la condamnation d’un adversaire politique.Alain Claude Bilié-By-Nze a été interpellé le 15 avril 2026 tandis que la réintégration du Gabon dans l’AGOA a été actée le 19 mai 2026. Les autorités américaines, particulièrement attentives aux questions de gouvernance, de droits de l’homme et d’État de droit, ont eu le temps d’apprécier la situation avant de prendre leur décision.

Les enjeux

Accès au marché américain : les entreprises gabonaises bénéficient d’un avantage concurrentiel pour exporter plusieurs produits vers les États-Unis.Création d’emplois : la transformation locale des matières premières pourrait être stimulée.Attractivité économique : le label AGOA constitue un signal positif pour les investisseurs.

Levier diplomatique : cette décision renforce la crédibilité internationale du Gabon.Contrepoids géopolitique : elle contribue à diversifier les partenariats économiques du pays.Notre interlocuteur de l’ambassade des États-Unis résume ainsi la situation : « Les produits gabonais pourraient devenir plus compétitifs grâce aux avantages tarifaires accordés dans le cadre de l’AGOA. »

Les faits semblent indiquer que le Gabon poursuit sa réintégration progressive dans plusieurs espaces de coopération internationale. La réadmission dans l’Union africaine puis dans l’AGOA traduit une évolution positive de la perception du pays par plusieurs partenaires extérieurs.Le véritable défi reste désormais de transformer cette reconnaissance institutionnelle en résultats concrets pour les populations : diversification économique, création d’emplois, amélioration du climat des affaires et consolidation des institutions.

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