Gabon :Mimongo se transforme en campement à ciel ouvert

Parler de Mimongo comme d’une ville relève désormais de l’abus de langage. Ce chef-lieu du département de Ogoulou, censé incarner l’autorité de l’État et le socle du développement local, se transforme inexorablement en un campement à ciel ouvert, symbole cru d’un abandon institutionnalisé.
Dans la Cinquième République, cette réalité interroge et dérange. Comment expliquer qu’en 2026, une localité dotée du statut de chef-lieu ressemble davantage à un site provisoire qu’à un centre urbain organisé ? À Mimongo, il n’y a presque plus personne. Les populations partent, fuient l’inaction, désertent un territoire où vivre est devenu synonyme de renoncement.
Les constats sont implacables.Les écoles sont dégradées, parfois vides, sans équipements adéquats.
L’hôpital est délabré, manquant de moyens, incapable d’assurer des soins décents.Les bâtiments administratifs tombent en ruine, témoins muets d’un État qui n’entretient même plus ses propres symboles.Les routes, impraticables, isolent davantage la ville, la coupant du reste du pays.
Une faillite locale devenue structurelle
Cette situation n’est ni accidentelle ni récente. Elle est le produit d’années de gestion sans vision, d’actions publiques décousues et d’un désintérêt manifeste pour le développement territorial. Les autorités locales, élues comme administratives, regardent la ville se vider sans impulser la moindre stratégie crédible de redressement.
Aucun plan de développement local structuré, aucune programmation pluriannuelle, aucune continuité entre les mandats. Les rares initiatives annoncées tiennent plus de l’effet d’annonce que d’une politique publique sérieuse. Mimongo n’est pas gouvernée : elle est tolérée.
Responsabilités politiques, pas fatalité géographique
Il serait commode d’invoquer l’enclavement ou le manque de moyens. Cet argument ne tient plus. Mimongo n’est pas victime de la géographie, mais d’une défaillance politique locale persistante. Les budgets existent, les institutions aussi. Ce qui manque, c’est la volonté, la rigueur et la vision.
La population, elle, subit. Elle paie le prix fort d’un abandon qui ne dit pas son nom. La responsabilité première incombe aux autorités locales, qui n’ont pas su transformer leur mandat en levier de développement.
Accepter que Mimongo devienne un campement à ciel ouvert, c’est normaliser l’échec. C’est admettre qu’au sein de la République, certains territoires peuvent être durablement relégués hors du champ du développement.
Mimongo ne réclame pas des promesses. Elle exige des actes.Des écoles fonctionnelles.Un hôpital digne.Des routes praticables.Une présence réelle et visible de l’État.Sans cela, la Cinquième République restera, pour Mimongo, un concept lointain, sans traduction concrète dans la vie quotidienne des citoyens.
Et le silence des autorités, face à cette dégradation manifeste, devient lui-même une forme de responsabilité.

