Gabon : un tiers de la population pauvre, le constat accablant du PNCD

Libreville. Le chiffre, consigné dans un document officiel, a la force d’un aveu : 34,6 % des Gabonais vivent sous le seuil de pauvreté, selon le Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030. Un habitant sur trois, dans un pays longtemps présenté comme l’un des plus prospères d’Afrique subsaharienne.
Ce contraste, presque paradoxal, résume à lui seul les limites du modèle gabonais. Avec un revenu par habitant supérieur à 7 500 dollars, le pays dispose d’atouts économiques considérables. Mais cette richesse, largement tirée de l’exploitation des ressources naturelles, peine à irriguer l’ensemble de la société.
Le PNCD met en lumière un dysfonctionnement structurel : l’absence de transmission de la croissance vers les ménages. Entre 2017 et 2024, la consommation privée est restée quasi inchangée, révélant une stagnation du pouvoir d’achat malgré les investissements publics engagés. Une situation qui traduit, en creux, les limites des politiques de redistribution.
Au-delà de la moyenne nationale, les disparités territoriales accentuent le diagnostic. Si la pauvreté touche environ un cinquième de la population à Libreville, elle atteint des niveaux bien plus élevés dans certaines provinces de l’intérieur, où elle concerne près d’un habitant sur deux. Cette fracture géographique s’accompagne d’inégalités sociales persistantes, notamment pour les travailleurs du secteur informel, majoritaires, et faiblement couverts par les dispositifs de protection.
Face à ce constat, les autorités affichent une ambition forte : ramener la pauvreté à 15 % d’ici 2030. Un objectif qui suppose une transformation rapide et profonde des mécanismes économiques et sociaux du pays. Sa faisabilité reste toutefois incertaine, au regard des dynamiques observées ces dernières années.
En reconnaissant l’ampleur du problème, le PNCD marque une inflexion dans le discours public. Mais pour nombre d’observateurs, l’enjeu réside désormais dans la capacité des politiques annoncées à produire des effets mesurables.
Dans un pays aux ressources abondantes, la persistance d’un tel niveau de pauvreté ne relève plus seulement de contraintes économiques. Elle interroge, plus largement, la gouvernance, l’efficacité de l’action publique et la capacité à transformer la richesse nationale en progrès partagé.



