Brice Oligui Nguema : un président sur tous les chantiers… même les plus petits

Libreville, 6 juillet 2025 — Le président de la République gabonaise, Brice Clotaire Oligui Nguema, s’est une nouvelle fois illustré par sa présence sur le terrain, ce dimanche, dans le 6ᵉ arrondissement de Libreville. Objectif : inaugurer la « passerelle du bien-être » à Sibang Centre, puis visiter le nouveau complexe sportif et récréatif de Nzeng-Ayong. Deux projets d’utilité publique, accueillis avec enthousiasme par les populations locales, mais dont la symbolique politique alimente un débat plus large : un président de la République doit-il être partout, jusqu’à inaugurer des passerelles piétonnes ou des terrains de sport ?
Des infrastructures utiles, une présence présidentielle qui interroge
La passerelle de Sibang Centre a été construite en 45 jours grâce à l’implication de 130 jeunes Gabonais. Elle vient sécuriser un axe routier à forte fréquentation, autrefois marqué par de nombreux accidents. Quant au centre de Nzeng-Ayong, gratuit et ouvert à tous, il comprend des terrains multisports, une aire de jeux pour enfants, un espace de fitness, des vestiaires modernes et une zone commerciale. Deux réalisations de proximité, modestes mais concrètes.
Cependant, la présence du président pour de tels projets soulève des interrogations. Dans une république fonctionnelle, ce type d’infrastructure relève habituellement de la compétence des collectivités locales, à savoir les maires, les conseils départementaux ou les préfets. Le rôle du Chef de l’État est, lui, d’impulser une vision nationale, de piloter des réformes structurelles, et de représenter l’unité du pays.
« Il ne s’agit pas de contester l’utilité de ces ouvrages, mais de s’interroger sur la nécessité d’y associer systématiquement le président. À force de tout incarner, il risque de banaliser sa propre fonction », explique un politologue .
Une gouvernance centralisée à l’extrême ?
Depuis son accession au pouvoir, Brice Oligui Nguema a adopté une posture très active, souvent visible, en multipliant les visites de terrain : supermarché à Ntoum, voiries urbaines, centre de santé communautaire, passerelles, stades. Cette stratégie, qui s’apparente à une gouvernance de proximité, séduit une partie de l’opinion en quête d’un président présent, réactif, accessible.
Mais cette omniprésence interroge la logique de fonctionnement de l’État. À qui laisse-t-on l’espace pour agir quand le président se substitue aux autres niveaux de pouvoir ? Quelle place reste-t-il aux mairies, aux ministères, aux institutions techniques ? Et surtout, comment construire une décentralisation efficace si chaque projet local est ramené au Palais du bord de mer ?
Des attentes plus grandes que des passerelles
Le Gabon est confronté à des défis majeurs : réforme de la gouvernance, diversification économique, amélioration du système éducatif et sanitaire, gestion de la dette publique, transparence électorale. Ces dossiers exigent une implication présidentielle forte, mais sur un autre plan : celui de la vision d’ensemble, de la planification, de l’arbitrage entre priorités nationales.
« Un président n’a pas vocation à être un maître de cérémonie local. Il doit incarner la hauteur de l’État, non gérer la symbolique des petits chantiers », résume un ancien conseiller.
gouverner, ce n’est pas tout faire soi-même
La volonté de proximité du président Oligui Nguema est indéniable. Son activisme sur le terrain tranche avec le silence d’autres chefs d’État africains souvent jugés éloignés des réalités. Mais à force d’être partout, le risque est de n’être plus nulle part là où l’essentiel se joue.
Inaugurer une passerelle ou un terrain de sport, c’est utile. Mais en faire un geste présidentiel, c’est réduire la fonction à une présence permanente sur les détails, au détriment de la grande stratégie. L’État a besoin d’un président qui préside, pas d’un chef de chantier général.




