Gabon : Le président ne franchira pas le Rubicon d’une coupure totale des réseaux sociaux

Par la rédaction
L’annonce d’une suspension générale des réseaux sociaux par la Haute Autorité de la Communication (HAC) a provoqué une onde de choc dans l’opinion. Mais à y regarder de plus près, une conclusion s’impose : le président de la République ne franchira pas le Rubicon d’une coupure totale. Le coût politique, social et économique d’une telle décision serait tout simplement trop élevé.
Une ligne rouge politique
Couper l’ensemble des plateformes numériques n’est jamais un acte anodin. C’est une décision à forte charge symbolique. Elle signifierait que l’État renonce à réguler pour préférer suspendre. Elle serait perçue comme une sanction collective, touchant indistinctement citoyens, entrepreneurs, médias et diaspora.Or, dans le contexte actuel marqué par des tensions sociales diffuses et une attente forte en matière d’amélioration des conditions de vie ajouter une interruption numérique totale reviendrait à ouvrir un front supplémentaire.Un pouvoir qui cherche la consolidation institutionnelle ne peut ignorer la portée d’un tel signal.
Une équation économique incontournable
Le numérique est désormais une infrastructure vitale. Des milliers d’activités informelles et formelles dépendent de WhatsApp, Facebook, Instagram ou TikTok. Des petites entreprises y prospèrent. Des jeunes y travaillent. Les médias y diffusent l’information.
Une coupure générale aurait un impact immédiat sur l’économie quotidienne. Elle fragiliserait un écosystème déjà en construction et nuirait à l’image d’un pays qui ambitionne la modernisation.
Le président le sait : la stabilité passe aussi par la préservation des flux économiques.
L’image internationale en jeu
Dans un monde interconnecté, la décision de couper les réseaux sociaux dépasse le cadre national. Elle envoie un message à l’extérieur. Les investisseurs, les partenaires internationaux, les institutions financières scrutent la prévisibilité institutionnelle.
Installer un précédent de coupure totale placerait le Gabon dans une catégorie d’États où l’incertitude réglementaire devient un facteur de risque.
Or, la cohérence entre discours de réforme et pratiques institutionnelles est un élément central de crédibilité.
Réguler plutôt que suspendre
La lutte contre la désinformation et les abus numériques est un impératif. Mais elle peut s’opérer par des mécanismes ciblés : renforcement des capacités judiciaires, sanctions individuelles, coopération avec les plateformes.La suspension totale serait une réponse disproportionnée. Elle créerait plus de tensions qu’elle n’en résoudrait.
Franchir le Rubicon numérique reviendrait à transformer un problème de régulation en crise politique. À ce stade, rien n’indique que l’exécutif soit prêt à assumer un tel risque.Dans le climat actuel, la rationalité politique commande la maîtrise, non l’interruption. La fermeté peut s’exercer sans rupture.Le président de la République, conscient des équilibres internes et des enjeux d’image, ne prendra pas le risque d’une coupure totale.




