Grève des enseignants : l’État contourne sa propre Médiature

Il y a des silences institutionnels qui valent aveu. En pleine crise de l’Éducation nationale, alors que des milliers d’enseignants sont en grève et que l’année scolaire menace de basculer, la Médiature de la République est restée absente, muette, invisible. À tel point que le Président de la République a choisi une autre voie : envoyer un député, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, pour faire ce que la loi confie pourtant à une institution permanente de l’État.
Ce choix n’est pas anodin. Il est politiquement lourd. Et il pose une question centrale : la Médiature de la République sert-elle encore à quelque chose ?
Une institution théoriquement centrale… pratiquement inutile
La Médiature de la République a été créée pour prévenir et résoudre les conflits entre l’administration et les citoyens. Elle est censée intervenir précisément dans des situations comme celle que traverse aujourd’hui l’Éducation nationale : blocage du dialogue, défiance généralisée, tensions sociales, risque de radicalisation.
Or, face à la plus grave crise sociale du moment, elle n’a rien fait de visible.
Pas de mission publique.
Pas de prise de parole structurée.
Pas de cadre de concertation proposé.
Rien.
Pourquoi créer une Médiature… si l’exécutif la court-circuite ?
En décidant de confier une mission de médiation à un acteur politique extérieur à l’institution, le pouvoir exécutif envoie un message clair, même s’il ne l’assume pas publiquement : la Médiature de la République n’est pas jugée crédible pour gérer une crise majeure.
Ce contournement est grave pour trois raisons.
Premièrement, il affaiblit l’autorité de l’institution elle-même.Si
, au sommet de l’État, on ne lui fait pas confiance, pourquoi les citoyens, les syndicats ou les administrations le feraient-ils ?
Deuxièmement, il politise la médiation, en la confiant à un élu, donc à un acteur nécessairement inscrit dans des logiques partisanes et institutionnelles, là où la médiation devrait être indépendante, neutre et permanente.
Troisièmement, il démontre l’incohérence de la dépense publique : pourquoi maintenir une institution coûteuse si, au moment critique, elle est jugée inutile ?
Une dépense publique sans rendement social
La Médiature de la République n’est pas une structure légère. Elle mobilise au moins 18 agents, entre cabinets du médiateur et du médiateur adjoint, avec salaires, véhicules, chauffeurs, aides de camp, conseillers et personnels administratifs.
Dans un pays soumis à des arbitrages budgétaires sévères, où l’on invoque régulièrement la rareté des ressources pour justifier l’austérité sociale, le contraste est brutal :
– des enseignants en grève pour des revendications fondamentales ;
– une institution censée apaiser les conflits, mais absente ;
– et un État qui improvise une médiation parallèle.
En réalité, cette situation révèle un malaise plus profond : l’État gabonais continue de multiplier les institutions sans jamais les évaluer sérieusement. On crée, on dote, on équipe puis on contourne.
La Médiature de la République semble ainsi réduite à un rôle décoratif, utile pour l’architecture institutionnelle, mais inutile dans la pratique. Une institution qui ne sert pas en période de crise ne sert pas à protéger les citoyens, mais à entretenir une illusion de gouvernance.



